Le problème du planning improvisé
La majorité des petits ateliers planifient leur production "à vue" : on regarde ce qui est prioritaire, on lance le job, on verra après. Cette approche fonctionne avec 1-2 machines et peu de commandes. Dès que le volume monte, l'improvisation génère du chaos : une imprimante qui finit à 3h du matin et que personne ne relance, une commande urgente coincée derrière un job de 18h, un client qui demande "c'est pour quand ?" et la réponse honnête serait "je sais pas trop".
Voici une méthode en 4 étapes qui s'applique que vous ayez 2 ou 20 machines.
Étape 1 : Inventaire hebdomadaire (lundi matin, 20 minutes)
Chaque semaine commence par une revue complète :
- Quelles commandes sont en cours, à quel statut ?
- Quels délais de livraison sont engagés cette semaine ?
- Quel stock filament est disponible pour les matières demandées ?
- Quelles machines sont disponibles (maintenance, réparation en cours) ?
Cette revue prend 20 minutes maximum si votre outil de gestion est à jour. Elle vous donne une vision claire des contraintes avant de planifier.
Étape 2 : Priorisation des jobs
Tous les jobs ne se valent pas. Utilisez une matrice simple :
| Priorité | Critères | Action |
|---|---|---|
| Urgente | Deadline dans les 24-48h, client important | Lancer immédiatement, machine dédiée |
| Haute | Deadline cette semaine | Planifier en début de semaine |
| Normale | Délai standard > 7 jours | Remplir les créneaux libres |
| Basse | Stock, proto interne, pas de deadline client | Nuits et weekends machine libres |
Étape 3 : Assignation machine/créneau
Une fois les jobs priorisés, assignez chaque job à une machine en tenant compte :
- Compatibilité matière : cette machine a-t-elle un enclosure pour l'ABS/ASA ? Est-elle configurée pour le TPU ?
- Durée du job : un job de 14h peut tourner de nuit si la machine est fiable sans surveillance.
- Séquencement : enchaîner des jobs de même matière évite les changements et purges.
Conseil pratique : regroupez les jobs de même matière sur la même machine dans la même journée. Changer de filament prend 5-10 minutes ; éviter 3 changements par machine par jour économise 20-30 min de manipulation.
Étape 4 : Mise à jour quotidienne (5 minutes)
Le planning n'est pas gravé dans le marbre. Chaque matin, une revue de 5 minutes :
- Jobs terminés cette nuit → statut mis à jour → notifier le client si applicable.
- Jobs en retard ou échoués → réajuster le planning de la journée.
- Nouvelles commandes urgentes → insérer dans le planning en décalant si nécessaire.
Cette cadence quotidienne courte est beaucoup plus efficace que des re-planifications longues et stressantes en réponse à une crise.
Les erreurs courantes de planning
- Planifier à 100% de capacité : toujours garder 15-20% de marge pour les aléas (ratés, maintenance, rush).
- Oublier le temps de post-traitement : support retrait, ponçage, peinture — ce temps doit être dans le planning.
- Ne pas communiquer les délais proactifs : un client à qui vous annoncez proactivement un retard réagit mieux qu'un client qui relance et découvre le problème.
L'outil fait une différence
Un planning dans un tableur peut fonctionner jusqu'à 3-4 machines. Au-delà, un planning visuel avec drag-and-drop par machine et par créneau horaire fait gagner un temps considérable. Voir d'un coup d'œil quelles machines sont occupées, quand elles se libèrent, et quels jobs attendent — c'est la différence entre piloter à vue et piloter avec des instruments.